VILLA-LOBOS – Bachianas Basilieras N°5

L’Aria (Cantilena), composée en 1938, est dédiée à Arminda Villa-Lobos — la seconde compagne du compositeur, qui deviendra sa femme. Ce n’est pas anodin : c’est une œuvre d’intimité et de tendresse, écrite dans un moment où Villa-Lobos, de retour au Brésil après ses années parisiennes, traverse une période de reconnaissance internationale grandissante mais cherche aussi à affirmer une identité musicale profondément brésilienne, loin des modèles européens qu’il avait pourtant absorbés.

Le texte, signé par Ruth Valadares Corrêa (la soprano qui créa l’œuvre en 1939), décrit un nuage rose et rêveur qui couvre l’espace de teintes roses tandis que la lune se lève doucement, embellissant le soir comme une jeune fille tendre qui se prépare et rêve. Mais le vers final bascule : la douce lumière de la lune réveille alors la cruelle saudade, qui rit et qui pleure.

C’est ce mot, saudade, qui est la clé émotionnelle de toute la pièce — ce sentiment intraduisible, propre à l’âme lusophone, mêlant nostalgie, manque et désir, une mélancolie douce-amère qui peut faire sourire et pleurer en même temps. Le long vocalise initial sur « Ah », avant même que les mots n’arrivent, traduit musicalement cet état : une voix qui se confond avec le legato des violoncelles, comme si le chant émergeait directement de l’instrument, sans frontière entre la voix humaine et la matière sonore des cordes. La pièce présente d’ailleurs des similitudes avec l’Aria de Bach et la Vocalise de Rachmaninov — toutes deux des méditations sur le chant pur, dépouillé de tout artifice virtuose.

Ce que Villa-Lobos cherchait à transmettre, c’est je crois une forme de tendresse contemplative et nocturne, un instant suspendu entre rêve et réalité, où la beauté du paysage (le ciel, la lune, la mer) devient le miroir d’un état d’âme intérieur

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