JANEQUIN – Il estoit une fillette

Clément JanequinIl estoit une fillette (1540)

Publiée en 1540 dans le huitième livre d’Attaingnant — un volume consacré entièrement à Janequin — cette chanson à quatre voix est devenue très populaire et a été reprise par de nombreux éditeurs, transcrite au luth, à la guitare, pour voix et luth.

Le sujet: L’initiation amoureuse d’une jeune fille, racontée sans détour et avec beaucoup d’esprit. Janequin excelle dans cet art de la gauloiserie narrative : le récit avance vif, le texte claque, les voix s’animent. Il traite la chanson en contrepoint note contre note, dans un style très animé, une déclamation syllabique rapide et un rythme qui évoque la danse.

Texte original (graphie d’époque)

Il estoit une fillette
Qui vouloit scavoir le jeu d’amours.
Ung jour qu’elle estoit seullette
Je luy en aprins deux ou trois tours.

Après avoir senty le goust
Elle me dit en soubzirant :
« Le premier coup me semble lour
Mais la fin me semble friant. »

Je luy dis : « Vous me tentez »
El’ me dit : « Recommencez ! »
Je l’empoigne, je l’embrasse,
Je la fringue fort.
Elle crie : « Ne cessez ! »
Je luy dis : « Vous me gastez,
Laissez moy, petite garce,
Vous avez grant tort. »

Mais quant ce vint à sentir le doulx point,
Vous l’eussiez veu mouvoir si doulcement
Que son las cueur luy tremble fort et poingt,
Mais, Dieu mercy, c’estoit un doulx tourment.


En français d’aujourd’hui

Il était une fillette
Qui voulait savoir le jeu d’amour.
Un jour qu’elle était seulette
Je lui en appris deux ou trois tours.

Après avoir goûté la chose
Elle me dit en souriant :
« Le premier coup me semble lourd,
Mais la fin me semble savoureux. »

Je lui dis : « Vous me tentez »
Elle me dit : « Recommencez ! »
Je l’empoigne, je l’embrasse,
Je la serre fort.
Elle crie : « Ne cessez pas ! »
Je lui dis : « Vous m’épuisez,
Laissez-moi, petite garce,
Vous avez grand tort. »

Mais quand vint le doux moment,
On l’aurait vue bouger si doucement
Que son pauvre cœur lui tremblait fort,
Mais Dieu merci, c’était un doux tourment.

Laisser un commentaire