Lascia ch’io pianga — Georg Friedrich Haendel (1685–1759) Extrait de l’opéra Rinaldo (1711)
La mélodie de Lascia ch’io pianga a une histoire singulière : elle prend racine dans une sarabande de l’opéra Almira (1705), que Haendel réutilise ensuite dans son oratorio Il trionfo del Tempo e del Disinganno (1707) sous le titre Lascia la spina, cogli la rosa — « Laisse l’épine, cueille la rose ». Quatre ans plus tard, en 1711, il adapte à nouveau cette même ligne mélodique pour en faire l’aria Lascia ch’io pianga dans son opéra Rinaldo, le premier opéra italien écrit spécifiquement pour la scène anglaise.
Dans cet opéra, c’est Almirena qui chante cet air poignant depuis le jardin enchanté d’Armida, où elle est retenue prisonnière loin de Rinaldo qu’elle aime.
Lascia ch’io pianga mia cruda sorte, e che sospiri la libertà. Il duolo infranga queste ritorte, de’ miei martiri sol per pietà.
Laisse-moi pleurer mon cruel destin, et soupirer après la liberté. Que la douleur brise ces chaînes, de mes souffrances, par pitié!.
Cette petite chanson polyphonique a été composée par Claude Le Jeune (vers 1530–1600). C’est l’un des musiciens les plus brillants et les plus audacieux de la Renaissance française. Henri IV le nomma compositeur ordinaire de la Chambre du roi, et ses contemporains le surnommaient le « Phénix des musiciens ».
Ce qui est surprenant dans cette oeuvre c’est le modernisme du langage harmonique. Il y a des enchaînements auxquel on ne s’attend pas du tout. C’est justement ce qui fait le charme de cette œuvre : elle est à la fois ancrée dans son époque et très moderne. Les trois voix sont entrelacées avec chacune une courbe mélodique parfaite.
Paroles:
Qu’est devenu ce bel oeil qui mon âme éclairait jà de ses rais,
Dans qui l’Amour retrouvait ses flèches, flammes et traits?
Qu’est la bouche or devenue, et ce ris si mignard, et ce discours?
Dont ma maîtresse attrapait le plus farouche en amours?
Qu’est devenue cette joue et d’amour et de honte le pourpris,
Sur qui l’Amour étalait cent mille roses et lys?
Qu’est devenu le fin or de ce poil prime frisé reluisant,
Dont mille Amours, mille rêts sans fin allaient façonnant?
Qu’est devenue cette main que l’épouse de Titon avourait,
Main, qui plus blanche que lait, les neiges même effaçait?
O malheur injurieux qui cachant ce trésor sous le tombeau,
Fais que le monde n’a plus rien de mignard ni de beau!
Traduction dans un français plus actuel 😉 :
Qu’est-il advenu de ce bel oeil qui éclairait mon âme
de ses rayons d’autrefois,
ce regard où l’Amour lui-même venait retrouver
ses flèches, ses flammes et ses traits ?
Où est passée cette bouche, et ce sourire si tendre,
et ces mots si bien choisis
avec lesquels ma maîtresse savait captiver
les cœurs les plus farouches ?
Qu’est devenue cette joue où se mêlaient
l’amour et la pudeur,
sur laquelle l’Amour déployait
ses mille roses et ses lis ?
Où est le fin or de cette chevelure
frisée et brillante,
dont mille Amours tissaient sans fin
leurs filets dorés ?
Qu’est devenue cette main que l’Aurore elle-même
aurait enviée,
cette main plus blanche que le lait,
qui effaçait la neige ?
I’ll wait a year for two weeks in July
Ill fly to the sun and my love will be there
Wistful and warm as when we said goodbye
The girl with the sun in her hair
I see her now as she walks by the sea
Tanned by the sun and salt in the air
Lovely but lost as she waits silently
The girl with the sun in her hair
There’s fields to be run and hills to climb
I hope July arrives on time
Not long to wait for the summer to bring
The girl with the sun in her hair
Music John Barry Lyrics Don Black
Traduction française
J’attendrai un an pour deux semaines en juillet Je m’envolerai vers le soleil et mon amour m’y attendra Mélancolique et chaleureuse comme lors de nos adieux
La fille aux cheveux de soleil
Je la vois maintenant, marchant au bord de la mer
Bronzée par le soleil et l’air marin
Belle mais perdue, attendant en silence
La fille aux cheveux de soleil
Des champs à parcourir et des collines à gravir J’espère que juillet arrivera à temps L’été approche à grands pas
La fille aux cheveux de soleil
Die Forelle, op. 32, D.550 (en français La Truite) est un lied (chanson) pour voix et piano de Franz SCHUBERT composé en 1817, il avait 22 ans!
Schubert utilisera cette mélodie qui servira de base à des variations dans le quatrième mouvement du Quintette pour piano et cordes « La Truite », D. 667, écrit en 1819.
Paroles:
Voyez au sein de l’onde ainsi qu’un trait d’argent
La truite vagabonde braver le flot changeant.
Légère et grâcieuse bien loin de ses abris
La truite va joyeuse le long des bords fleuris.
un homme la regarde tenant l’âppat trompeur
O truite prend bien garde, voici l’adroit pêcheur.
Sa mouche, beau mensonge, est là pour t’attraper
Crois moi, bien vite plonge et crains de la happer
La mouche brille et passe, la truite peut la voir
Glissant à la surface de l’onde au bleu miroir
Soudain vive et maligne, la truite au loin s’enfuit
Pêcheur en vain ta ligne s’agite et la poursuit
Voici une interprétation par Du Pré, Perlman, Barenboim, Mehta & Zukerman (si le lien ne s’ouvre pas allez sur youtube directement à [37″30]
La truite a fait l’objet de plusieurs parodies et adaptations dont une des plus célèbre est celle des Frères Jacques.
Paroles de la chanson La Truite par Les Frères Jacques
Elle était jeune fille
Sortait tout droit de son couvent
Innocente et gentille
Qui n’avait pas seize ans
Le jeudi, jour de visite,
Elle venait chez ma mère
Et elle nous jouait la Truite
La Truite de Schubert
Un soir de grand orage
Elle dut coucher à la maison
Or malgré son jeune âge
Elle avait de l’obstination
Et pendant trois heures de suite
Au milieu des éclairs
Elle nous a joué la Truite
La Truite de Schubert
On lui donna ma chambre
Moi je couchai dans le salon
Mais je crus bien comprendre
Que ça ne serait pas long
En effet elle revint bien vite
Pieds nus, dans les courants d’air
Pour me chanter la Truite
La Truite de Schubert
Ce fut un beau solfège
Pizzicattis coquins
Accords, trémolos et arpèges
Fantaisie à quatre mains
Mais à l’instant tout s’agite
Sous l’ardent aiguillon de la chair
Elle, elle fredonnait la Truite
La Truite de Schubert
Je lui dis : Gabrielle
Voyons, comprenez mon émoi
Il faut être fidèle
Ce sera Schubert ou moi
C’est alors que je compris bien vite
En lisant dans ses yeux pervers
Qu’elle me réclamait la suite
La suite du concert
Six mois après l’orage
Nous fûmes dans une situation
Telle que le mariage
Etait la seule solution
Mais avec un air insolite
Au lieu de dire oui au maire
Elle lui a chanté la Truite
La Truite de Schubert
C’est fou ce que nous fîmes
Contre cette obsession
On mit Gabrielle au régime
Lui supprimant le poisson
Mais par une journée maudite
Dans le vent, l’orage et les éclairs
Elle mit au monde une truite
Qu’elle baptisa Schubert.
A présent je vis seul
Tout seul dans ma demeure
Gabrielle est partie et n’a plus sa raison
Dans sa chambre au Touquet elle reste des heures
Auprès d’un grand bocal où frétille un poisson
Et moi j’ai dit à Marguerite
Qui est ma vieille cuisinière
Ne me faites plus jamais de truite
Ça me donne de l’urticaire.
La Barcarolle de Tchaïkovski est la sixième pièce du cycle Les Saisons, op. 37b, composée en 1876. Elle est associée au mois de juin. Le terme Barcarolle fait référence à une chanson traditionnelle vénitienne, souvent chantée par les gondoliers.
Le Crab Canon (ou canon rétrograde) de Jean-Sébastien Bach est un canon très particulier et ingénieux. Il fait partie de l’Offrande musicale, un recueil de pièces écrites en 1747.
Dans ce canon, Bach fait quelque chose de très original, il écrit une seule ligne de musique mais elle va être jouée par deux voix.
La voix 1 joue la mélodie normalement (de gauche à droite) et la voix 2 commence au même moment, mais lit la partition à l’envers (de droite à gauche).
Malgré cette lecture inversée, les deux voix s’accordent parfaitement. C’est une véritable démonstration de symétrie musicale et de maîtrise du contrepoint
« Vos flores rosarum » – « Vous, fleurs des roses », est un chant spirituel attribué à Hildegarde de Bingen, abbesse bénédictine, visionnaire, guérisseuse et compositrice du XIIe siècle. Dans cette œuvre, elle célèbre la mémoire des saints et martyrs comme des roses offertes, dont le sang versé participe à l’accomplissement d’un dessein divin éternel, conçu «ante evum » – avant même le temps.
Ce chant s’inscrit dans la tradition du chant grégorien, mais en porte une empreinte très personnelle. Le chant grégorien, né autour du VIIIe siècle, est un chant monodique, c’est-à-dire à une seule voix, sans accompagnement harmonique. Il repose sur des modes anciens (ou échelles musicales modales) qui donnent à la musique sacrée son caractère méditatif et intemporel.
Mais Hildegarde, bien qu’elle connaisse parfaitement cette tradition, s’en affranchit librement. Ses compositions se distinguent par un ambitus étendu (elle emploie des intervalles très larges pour l’époque, parfois plus d’une octave et demie), une liberté rythmique inspirée de la psalmodie, mais avec des envolées mélodiques audacieuses, un souffle mystique, comme si la mélodie cherchait à traduire une vision intérieure plus qu’un discours structuré
Texte des paroles:
Vos flores rosarum
Qui in effusione sanguinis vestri
Beati estis
In maximis gaudiis redolentibus
Et sudantibus in emptione
Que fluxit
De interiori mente
Consilii manentis ante evum
In illo
In quo non erat constitutio
A capite
Sit honor in consortio vestro
Qui estis instrumentum ecclesie
Et qui in vulneribus vestri
Sanguinis undatis:
In illo
In quo non erat constitutio
A capite
Tarduction des paroles:
Vous, fleurs de rose
Vous, fleurs de rose,
qui êtes heureuses dans l’effusion de votre sang,
dans les grandes joies
qui répandent leur parfum
et leur humidité, dans le rachat
qui a coulé
du dessein intime de la pensée
de Celui qui était là avant l’éternité
en Celui
qui n’a pas
de commencement.
Honneur à votre communauté,
vous qui êtes l’instrument de l’Église,
et surgissez
dans vos blessures sanglantes
En 1299, à Florence, le riche Buoso Donati vient de mourir en léguant tous ses biens aux moines. Furieux, ses héritiers acceptent les services de Gianni Schicchi qui leur propose un stratagème destiné à substituer un autre testament à celui qui les dépossède. Prêts à tout pour s’enrichir, les crédules héritiers seront finalement dupés par le rusé Schicchi qui détournera à son profit l’essentiel de l’héritage.
« O mio babino caro » (« oh mon papa chéri ») est une prière que Lauretta adresse à son père, alors que les tensions entre elle et ses futurs beaux-parents sont si fortes qu’elles pourraient conduire à sa séparation d’avec Rinuccio, l’homme qu’elle aime.
Il s’agissait de l’un des airs préférés de Maria Callas.
Nous voici de nouveau avec le compositeur italien Giacomo Puccini. L’air que je propose est tiré d’une oeuvre d’opéra dénommée Gianni Schicchi présentée pour la première fois en 1918.
En général on reconnaît l’air car mille fois entendu mais il est plus difficile pour les jeunes d’y associer son nom et encore plus improbable celui de la pièce d’Opéra dont il est tiré. C’est encore plus vrai dans le cas présent car auprès du grand public le nom de Gianni Schicchi ne semble pas être très connu.
L’histoire de cet air, dans un contexte plus complexe à résumer, est assez facile à comprendre. Comme dans Roméo et Juliette, la guerre entre deux familles pousse un père à interdire l’amour de sa fille pour un jeune garçon du « clan ennemi ».
Le thème est l’un des plus récurrents dans la littérature, le cinéma ou dans les œuvres chantées à travers les siècles. La complainte de l’amour est le propre du cœur de l’être humain. C’est un sujet inépuisable.
L’air que je présente est l’un des plus beaux du répertoire de l’Opéra. C’est le moment où la jeune fille implore son père en criant son amour :
« O Mio Babbino Caro » (Mon cher petit papa).
Ô mon cher papa,
je l’aime, il est beau, beau.
Je vais aller à Porta Rossa
acheter l’anneau !
Oui, oui, je veux y aller !
et si je l’aime en vain,
j’irais sur le Ponte-Vecchio,
mais pour me jeter dans l’Arno !
Je me languis et je me tourmente !
Ô Dieu, je voudrais mourir !
Papa, pitié, pitié !
Papa, pitié, pitié !
Le père finira par succomber aux suppliques de sa fille, comment pouvait-il en être autrement devant un cri aussi déchirant.