Guillaume Costeley — Mignonne, allons voir si la rose (1570)
Guillaume Costeley est né en Normandie, très probablement à Pont-Audemer. Il occupa la fonction d’organiste à la cathédrale d’Évreux et devint compositeur officiel du roi Charles IX.
Cette chanson est une rencontre entre deux géants : le poète Pierre de Ronsard et le musicien Costeley. Costeley met en musique le poème de Ronsard en 1570. Le résultat est l’une des pièces les plus célèbres de toute la Renaissance française.
Ce n’est pas à proprement parler une chanson d’amour comme son titre pourrait le laisser croire. Par l’allégorie de la rose qui s’épanouit et se fane en un matin, Ronsard traite du temps qui passe trop vite, de la fragilité de la jeunesse et de la beauté. Un carpe diem délicat, tendre, et un peu mélancolique.
Bien qu’il n’ait jamais délaissé l’écriture contrapuntique héritée de ses prédécesseurs franco-flamands, son imagination le conduit sur des chemins jusque-là peu fréquentés. La chanson est écrite à quatre voix, et chaque ligne mélodique épouse le texte avec une élégance naturelle.
Titre : Mignonne, allons voir si la rose
Poète : Pierre de Ronsard (1524-1585)
Recueil : Les Odes (1550-1552).
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.